Objectifs scientifiques
Le projet de l’équipe de l’IETT vise à s’interroger sur des phénomènes modernes au delà des divisions disciplinaires et linguistiques, afin de rétablir des totalités là où l'épistémologie traditionnelle nous a imposé un morcellement. Il s’agit de repenser la relation entre les parties et la totalité, le local et le mondial, le particulier et l'universel, les spécificités des socio-cultures et l'espace mondial qu'elles habitent.

Les membres de l’IETT cherchent à étudier les contradictions, décalages et inégalités de la modernité à l’échelle mondiale. Leur principale préoccupation est de questionner, à travers une approche transculturelle et historicisée, la façon dont le monde a été imaginé à partir d'une téléologie entièrement produite et conceptualisée en Occident.

 
En fonction de ces objectifs scientifiques, quatre axes de recherche ont été définis :

Genre : pratiques et représentations

Issu de la recherche sur la Femme dans le précédent contrat (colloque de mai 2009 « Masculin-féminin dans la langue, la littérature et l’art grecs modernes »; cours transversal de Master « La représentation de la femme en Chine, au Japon et en Grèce » et des travaux de DODANE et SUBERCHICOT, l'axe du genre porte sur un champ disciplinaire en développement, auquel, pourtant, les institutions universitaires et de recherche opposent en France une certaine résistance. Étudier le genre consiste à prendre en compte la différence sexuelle, en raison de son intérêt intrinsèque, mais aussi pour analyser les rapports de pouvoir qu’elle subit ou met en œuvre. Il s’agit avant tout de penser la relation entre les sexes comme le résultat d’une construction sociale (nationale, transnationale) et non comme le produit d’un déterminisme biologique. Pour cela, l’analyse ne se limite pas à l’étude d’« un » sexe, mais porte sur les relations, en perpétuelle reconstruction dans un monde en mutation, qui définissent l’ensemble des identités sexuelles.
Le genre se trouvant lui-même à l’intersection d’autres rapports de pouvoir, les catégories de sexe ne sont pas homogènes. Elles sont animées par de multiples tensions et facteurs, par exemple la classe sociale, la « race », ou l'âge, mais aussi la circulation mondiale d’images et de schémas de construction.
Construction sociale, approche relationnelle, rapport de pouvoir et articulation avec d’autres clivages sont les quatre dimensions que les études sur le genre examinent pour révéler : 1) les pratiques et le système souvent hiérarchisés entre les sexes (hommes/femmes) 2) les valeurs et représentations qui leur sont associées (masculin/féminin). Cette dimension normative qui fixe les identités en deux catégories exclusives (hommes/femmes) a cependant été dénoncée pour permettre à la frontière trop nette entre ces deux catégories de sexe d’être abolie et à l’identité sexuelle d’être appréhendée dans toute sa diversité. La perspective transculturelle ne peut qu’enrichir les études sur le genre, elles-mêmes transdisciplinaires dès le départ.
Cet axe de recherche se propose donc d’examiner la différence sexuelle au sens large, au sein de cultures et de nations différentes, et de promouvoir la réflexion à la fois sur les pratiques dans la vie de tous les jours et les représentations sexuellement codifiées. Les transferts culturels y tiendront bien sûr une place de tout premier ordre, mais les champs d’investigation sont en réalité illimités : discours sur le genre, discours féministes, pratiques de corps et de sexualité, prostitution, maternité, mais aussi pratiques d’écriture et réception des œuvres, éducation, travail, voyages, genre et nation, pratiques et représentations artistiques, images, autant de sujets qui, soumis à l’analyse de la différence sexuelle dans une approche transculturelle, participeront à une meilleure définition, parce que nécessairement plurielle, des identités et de la modernité.

Mondialisation, environnement et défi technologique

Cet axe issu des axes précédents Mondialisation et métissage ; Conflits et frontières; et citoyenneté et identité culturelle cherche à mettre en parallèle, dans une vision de complémentarité, ou d’opposition, deux des concepts les plus essentiels du vingt-et-unième siècle, à savoir l’environnement et les défis technologiques dans un contexte humain et culturel où la mondialisation, à quelques exceptions près, est un vecteur incontournable. L’originalité de l’équipe qui fédère des chercheurs travaillant sur une gamme de cultures émanant de diverses histoires socio-politiques devrait permettre de confronter de façon transversale l’existant en ces matières dans des espaces du monde historiquement constitués et imaginés comme blocs tels l'Europe, les Amériques, et l'Asie. Dans un second temps, l’étude portera sur la confrontation des problèmes et les réponses qui y sont apportées, ou qui veulent y être apportées.
La fonte des glaces, la disparition des espèces comme les bouleversements climatiques qui sont en cours sont autant de défis que l’homme aura à relever, s’il ne veut pas lui même disparaître. Certes, le problème environnemental dans son ensemble est essentiellement lié au progrès technologique, qui a généré la pollution industrielle, mais ce sera encore par un progrès technologique plus « avancé » que ces défis pourront être gagnés. C’est par l’étude des représentations telle la science-fiction, et du fantastique modernes en ce qu’ils ont nécessairement de visionnaire, mais aussi de la pensée scientifique la plus en pointe (les nanotechnologies par exemple) que nous voulons, à la lumière des travaux sur l’imaginaire chercher à préciser cette thématique.

Migration, métissage et citoyenneté

Cet axe reprend et reconfigure intellectuellement les précédents axes Mondialisation et métissage ; Conflits et frontières; et citoyenneté et identité culturelle. Il y a quarante ans, Michel de Certeau écrivait : « Si les autres ne sont pas rejetés derrière les grilles, ils deviennent des voisins. Dès lors, comment éviter qu'il y ait parmi eux des importuns, des concurrents, des adversaires...? Ils interviennent, ils imposent leurs besoins et leurs exigences. Ils sont là, squatters présents sur tout l'espace de nos vies. » Historiquement, le conflit s'imbrique depuis toujours avec les frontières entre « nous » et « l'Autre », avec des barrières qui nous protègent de ceux qui sont différents. Mais on ne vit pas sans les autres.
Depuis le dix-huitième siècle au moins, l’émergence d’une économie capitaliste moderne associée à l’expansion occidentale a provoqué des mouvements migratoires, exodes et déplacements diasporiques sans précédent, bouleversant les hypothétiques frontières de cultures et les identités nationales (re)-construites dans le sillage des révolutions républicaines, américaines et françaises.
Les produits de ces histoires singulières, trajectoires de familles, de morceaux de communautés, d’individus isolés, ont déposés des traces dans les rues et sur les murs des métropoles contemporaines, sur les écrans, dans les langues, dans les mémoires, les littératures et les imaginaires.
Si les migrations déstabilisent l’ordre socio-politique c’est aussi et surtout par leur fonction de déconstruction des catégories de la représentation collective des identités modernes. L'homme habite un espace, son espace que les migrations viennent troubler, nuancer et transformer, elles imposent une co-habitation qui débouche sur des situations d'hybridité et de métissage social et culturel.
L’illusion moderne d’identités de cultures, de « races », de nations, de langues déterminées, stables et non problématiques, illusion créée par la négation des conséquences culturelles de l’histoire coloniale moderne, ne résiste plus à l’émergence politique, culturelle et intellectuelle d’une pensée de la multiplicité, du métissage et de l’hybridité. Cette conjoncture historique invite à penser les textes et pratiques du monde moderne en se libérant complètement des anciennes épistémologies dominantes, catégories normatives, issues notamment de l’anthropologie traditionnelle, d’identification, de classement et de contrôle des identités collectives.
Penser le métissage et l’expérience de la transculturation exige le dépassement d’une position de pouvoir en surplomb pour envisager dans une perspective postcoloniale les imbrications et les mélanges de textes, de pratiques et d’imaginaires. François Laplantine nous rappelle « qu’il n’y a de métissage que dans l’abandon d’une position de domination » et met en garde contre l’imposture d’une pensée métisse qui voudrait se situer au-dessus du métissage.

Ecriture(s) et passage

Cet axe vise à grouper les intérêts de l'équipe déjà présents dans l'axe précédent Conflits et frontières pour la représentation écrite des pratiques imaginaires et réelles liées au passage des frontières et à la transcendance des limites. L’écriture (qu’on entendra en son sens strictement matériel, mais aussi plus large d’écritures musicale, filmique, photographique, picturale…) impose toujours un passage. Elle permet à une production vocale d’accéder à la matérialité en lui garantissant ainsi visibilité et lisibilité. Ainsi définie, l’écriture s’ancrerait dans une volonté d’objectivation, de conservation et de communication . Ce sont précisément ces deux dernières qui entrent en tension dès que l’on envisage l’écriture du point de vue des liens qu’elle entretient avec le(s) passage(s). Comme mémoire, l’écriture vise à véhiculer de l’information, à transmettre. On pourra donc s’interroger sur les réflexions techniques qu’imposent son apprentissage et celui de son envers, la lecture.
Mais on interrogera comment l’écriture entre dans la chaîne des métamorphoses (linguistiques, intertextuelles...). Nous imaginons également la notion de passage sous un angle spatial (transferts culturels induits par la circulation des images, des représentations, des valeurs), ce qui nous conduira tout naturellement à une réflexion sur la traduction, la transposition, leurs trahisons nécessaires.
Si l’écriture fonctionne comme mémoire, l’intertextualité devrait y jouer un rôle de premier plan : celui de l’appropriation de la bibliothèque, de son réinvestissement, de sa réécriture dans le livre ou le cinéma. Que retient-on et que transmet-on alors ? Que reste-t-il d’un texte ? Des images ? Et l’image produit-elle des textes? Si oui comment ses sélections s’opèrent-elles ? Facteurs anthropologiques, culturels ? Dans une même perspective diachronique, le décalage entre écriture et réception pourrait être également considéré. De telles études seront menées sur des supports de natures extrêmement variées permettant à tous ceux qui travaillent sur l’écriture d’y trouver leur place. Enfin, l’ensemble de ces problématiques liées à l’idée de passage soulève les questions de l’identité, de l’altérité, de l’hybridité, du « transculturel ».







Dossier de contractualisation 2011-2014.
Consulter le dossier de l'IETT: 


Bilan 2007-09

Projet 2011-14

Formulaire Bilan

Formulaire Projet

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