Objectifs scientifiques
Le projet de l’équipe de l’IETT vise à s’interroger sur des phénomènes modernes au delà des divisions disciplinaires et linguistiques, afin de rétablir des totalités là où l'épistémologie traditionnelle nous a imposé un morcellement. Il s’agit de repenser la relation entre les parties et la totalité, le local et le mondial, le particulier et l'universel, les spécificités des socio-cultures et l'espace mondial qu'elles habitent.
Les membres de l’IETT cherchent à étudier les contradictions, décalages et inégalités de la modernité à l’échelle mondiale. Leur principale préoccupation est de questionner, à travers une approche transculturelle et historicisée, la façon dont le monde a été imaginé à partir d'une téléologie entièrement produite et conceptualisée en Occident.
En fonction de ces objectifs scientifiques, quatre axes de recherche ont été définis :
Genre : pratiques et représentations
Le genre se trouvant lui-même à l’intersection d’autres rapports de pouvoir, les catégories de sexe ne sont pas homogènes. Elles sont animées par de multiples tensions et facteurs, par exemple la classe sociale, la « race », ou l'âge, mais aussi la circulation mondiale d’images et de schémas de construction.
Construction sociale, approche relationnelle, rapport de pouvoir et articulation avec d’autres clivages sont les quatre dimensions que les études sur le genre examinent pour révéler : 1) les pratiques et le système souvent hiérarchisés entre les sexes (hommes/femmes) 2) les valeurs et représentations qui leur sont associées (masculin/féminin). Cette dimension normative qui fixe les identités en deux catégories exclusives (hommes/femmes) a cependant été dénoncée pour permettre à la frontière trop nette entre ces deux catégories de sexe d’être abolie et à l’identité sexuelle d’être appréhendée dans toute sa diversité. La perspective transculturelle ne peut qu’enrichir les études sur le genre, elles-mêmes transdisciplinaires dès le départ.
Cet axe de recherche se propose donc d’examiner la différence sexuelle au sens large, au sein de cultures et de nations différentes, et de promouvoir la réflexion à la fois sur les pratiques dans la vie de tous les jours et les représentations sexuellement codifiées. Les transferts culturels y tiendront bien sûr une place de tout premier ordre, mais les champs d’investigation sont en réalité illimités : discours sur le genre, discours féministes, pratiques de corps et de sexualité, prostitution, maternité, mais aussi pratiques d’écriture et réception des œuvres, éducation, travail, voyages, genre et nation, pratiques et représentations artistiques, images, autant de sujets qui, soumis à l’analyse de la différence sexuelle dans une approche transculturelle, participeront à une meilleure définition, parce que nécessairement plurielle, des identités et de la modernité.
Mondialisation, environnement et défi technologique
La fonte des glaces, la disparition des espèces comme les bouleversements climatiques qui sont en cours sont autant de défis que l’homme aura à relever, s’il ne veut pas lui même disparaître. Certes, le problème environnemental dans son ensemble est essentiellement lié au progrès technologique, qui a généré la pollution industrielle, mais ce sera encore par un progrès technologique plus « avancé » que ces défis pourront être gagnés. C’est par l’étude des représentations telle la science-fiction, et du fantastique modernes en ce qu’ils ont nécessairement de visionnaire, mais aussi de la pensée scientifique la plus en pointe (les nanotechnologies par exemple) que nous voulons, à la lumière des travaux sur l’imaginaire chercher à préciser cette thématique.
Migration, métissage et citoyenneté
Depuis le dix-huitième siècle au moins, l’émergence d’une économie capitaliste moderne associée à l’expansion occidentale a provoqué des mouvements migratoires, exodes et déplacements diasporiques sans précédent, bouleversant les hypothétiques frontières de cultures et les identités nationales (re)-construites dans le sillage des révolutions républicaines, américaines et françaises.
Les produits de ces histoires singulières, trajectoires de familles, de morceaux de communautés, d’individus isolés, ont déposés des traces dans les rues et sur les murs des métropoles contemporaines, sur les écrans, dans les langues, dans les mémoires, les littératures et les imaginaires.
Si les migrations déstabilisent l’ordre socio-politique c’est aussi et surtout par leur fonction de déconstruction des catégories de la représentation collective des identités modernes. L'homme habite un espace, son espace que les migrations viennent troubler, nuancer et transformer, elles imposent une co-habitation qui débouche sur des situations d'hybridité et de métissage social et culturel.
L’illusion moderne d’identités de cultures, de « races », de nations, de langues déterminées, stables et non problématiques, illusion créée par la négation des conséquences culturelles de l’histoire coloniale moderne, ne résiste plus à l’émergence politique, culturelle et intellectuelle d’une pensée de la multiplicité, du métissage et de l’hybridité. Cette conjoncture historique invite à penser les textes et pratiques du monde moderne en se libérant complètement des anciennes épistémologies dominantes, catégories normatives, issues notamment de l’anthropologie traditionnelle, d’identification, de classement et de contrôle des identités collectives.
Penser le métissage et l’expérience de la transculturation exige le dépassement d’une position de pouvoir en surplomb pour envisager dans une perspective postcoloniale les imbrications et les mélanges de textes, de pratiques et d’imaginaires. François Laplantine nous rappelle « qu’il n’y a de métissage que dans l’abandon d’une position de domination » et met en garde contre l’imposture d’une pensée métisse qui voudrait se situer au-dessus du métissage.
Ecriture(s) et passage
Mais on interrogera comment l’écriture entre dans la chaîne des métamorphoses (linguistiques, intertextuelles...). Nous imaginons également la notion de passage sous un angle spatial (transferts culturels induits par la circulation des images, des représentations, des valeurs), ce qui nous conduira tout naturellement à une réflexion sur la traduction, la transposition, leurs trahisons nécessaires.
Si l’écriture fonctionne comme mémoire, l’intertextualité devrait y jouer un rôle de premier plan : celui de l’appropriation de la bibliothèque, de son réinvestissement, de sa réécriture dans le livre ou le cinéma. Que retient-on et que transmet-on alors ? Que reste-t-il d’un texte ? Des images ? Et l’image produit-elle des textes? Si oui comment ses sélections s’opèrent-elles ? Facteurs anthropologiques, culturels ? Dans une même perspective diachronique, le décalage entre écriture et réception pourrait être également considéré. De telles études seront menées sur des supports de natures extrêmement variées permettant à tous ceux qui travaillent sur l’écriture d’y trouver leur place. Enfin, l’ensemble de ces problématiques liées à l’idée de passage soulève les questions de l’identité, de l’altérité, de l’hybridité, du « transculturel ».
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Dossier de contractualisation 2011-2014.
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